Thèse de doctorat

Importance Socio-économique et Étude de la Variabilité Écologique, Morphologique, Génétique et Biochimique du Baobab (Adansonia digitata L.)

?ASSOGBADJO Achille (2006)

PhD, Université de Ghent, Belgium


La présente étude a été réalisée dans les trois zones climatiques du Bénin (Afrique de l’Ouest): la zone Guinéenne (6°25 N – 7°30 N), la zone Soudano-Guinéenne (7°30’ N et 9°45’ N) et la zone Soudanienne (9°45 N et 12°25 N). Elle a pour but d’utiliser une approche intégrée pour contribuer à une meilleure conservation et gestion des ressources génétiques du baobab (Adansonia digitata L.) au profit de ses utilisateurs. Ainsi, des enquêtes ethnobotaniques ont été réalisées avec 11 groupes ethniques à travers tout le Bénin et ont essentiellement porté sur les utilisations des produits de baobab, son importance socio-économique et les critères endogènes de caractérisation de ses individus en milieu rural. La diversité écologique et la diversité génétique des populations de l’espèce ont été aussi évaluées suivant les gradients de climat et les stratégies de conservation et de restauration ont été proposées dans les systèmes agroforestiers. Pour aider à la valorisation des produits de baobab au profit d’une meilleure alimentation et nutrition des communautés rurales, il a été également effectué une caractérisation biochimique des organes (feuilles, pulpe et amande) du baobab en fonction de leur zone de provenance. Enfin des tests de propagation ont été effectués pour évaluer l’aptitude de l’espèce à la domestication. Il ressort des travaux que le baobab est une espèce à usage multiple utilisée par les communautés rurales à des fins alimentaires, médicinales, culturelles, cultuelles et économiques. Les caractéristiques des fruits (couleur et taille des graines, précocité de la maturité, productivité des arbres, forme des capsules, goût de la pulpe), de l’écorce (couleur et structure) et des feuilles (couleur, goût et forme) sont des critères qui permettent aux communautés rurales de différencier entre eux les individus de baobab dans les systèmes agroforestiers traditionnels. L’utilisation des critères de différentiation des individus de baobab en milieu rural montre qu’il s’agit d’une espèce ayant un fort degré de signification culturelle. Partant de cela, des Arbres Plus ayant une valeur supérieure pour les communautés rurales ont pu être identifiés et peuvent servir dans la stratégie de conservation et de valorisation des ressources génétiques de l’espèce au profit de ses utilisateurs. Une étude de cas sur le marché de Malanville (Nord-Bénin) pendant une période de 5 mois a montré que 200 tonnes de graines enrobées de pulpe, 10 tonnes de pulpe et 1 tonne environ de poudre de feuilles vertes ont été commercialisées et ont généré respectivement 15 millions de FCFA (US$ 30,000), 400000 FCFA (US $ 800) et 200000FCFA (US $400) aux 139 commerçants impliqués dans la vente de ces différents produits. Il en découle que les produits baobab ont une importance socio-économique et peuvent être valorisés comme aliments fonctionnels pour un mieux être de ses utilisateurs. L’étude a aussi montré que le baobab est distribué à des densités et niveaux de production variables en fonction des zones climatiques. Du point de vue écologique, les corrélations entre variables ont révélé que les zones de fortes valeurs d’évapotranspiration potentielle, d’humidité relative, de température et de pluviométrie ou celles présentant des caractéristiques de sols limoneux ou argileux sont celles dans lesquelles se trouvent des baobabs produisant de petites quantités de graines, de pulpe et d’amandes. Les sols ayant un rapport C/N (carbone / azote) élevé favorisent la production des graines et défavorisent la production de pulpe, d’amande et le bon développement des baobabs. Le développement des baobabs est donc lié à leur adaptation à certains types d’environnement. Par ailleurs, les études génétiques à partir des marqueurs AFLP ont montré un regroupement des individus en 6 pools de gènes. Généralement, des individus échantillonnés dans les mêmes zones climatiques appartiennent à un même pool de gènes indiquant que la diversité génétique des individus de baobab est corrélée avec leur région de provenance. En conséquence, la conservation in situ des ressources génétiques du baobab au Bénin devra consister à définir pour chaque zone climatique des unités de conservation. L’étude sur la caractérisation biochimique des organes du baobab a montré que les organes de baobab sont riches en minéraux et vitamines (pulpe et feuille) mais aussi en lipides et protéines (graines). En dehors de la teneur en vitamine C, la composition biochimique des organes n’a pas varié en fonction des provenances des arbres. Par contre, il a été mis en évidence l’influence des caractéristiques physico-chimiques des sols sur les différentes teneurs en éléments nutritifs des organes de baobab. Les sols basiques (pH élevé) riches en carbone, argile, limon fin et matière organique, favorisent une accumulation de fer, potassium, vitamine C, glucide, zinc, protéines et lipides dans les feuilles, pulpe et graines du baobab et défavorisent pour ces mêmes organes l’accumulation du magnésium, du calcium, de la vitamine A et des fibres. Par contre, les sols à forte teneur de limons grossiers ou de sable ont un effet contraire sur ces mêmes paramètres biochimiques des organes. Enfin, des tests de propagation ont montré d’une façon générale que les pourcentages moyens de germination les plus élevés ont été obtenus avec les graines scarifiées avant semis. De plus, il a été montré qu’une durée de conservation de plus de 3 mois des graines de baobab à la température ambiante quelle que soit leur provenance a eu un impact négatif sur leur germination. En se basant sur les résultats obtenus, des stratégies de valorisation, domestication et de conservation des ressources génétiques du baobab ont été analysées pour une meilleure vie de ses utilisateurs.

Mots clés: Adansonia digitata, diversité génétique, ethnobotanique, conservation, domestication, valorisation.