Thèse de doctorat

Biodiversité, écologie et conformation morphologique des oiseaux forestiers du Sud du Bénin

LOUGBEGNON O. Toussaint (2008)

PhD, University of Abomey-Calavi


Les communautés aviennes des milieux forestiers du Sud du Bénin sont étudiées dans l’optique de comparer leur biodiversité et leur distribution en relation avec l’habitat. Les recensements sont effectués dans 6 îlots typiques de cette partie du Bénin : la forêt de la Lama, la forêt de Lokoli, la forêt de Niaouli, la forêt de Pobè, la forêt d’Ahozon (Pahou) et l’îlot résiduel de Dangbo. L’objectif est de mesurer la biodiversité avienne et l’impact de la déforestation sur l’avifaune dans ces 6 lambeaux de forêts choisis. Les prospections ont été alors conduites de 2003 à 2007 dans 20 stations fixes identifiées dans ces différents milieux. La méthode de recensement des oiseaux utilisée est basée sur des points d’écoute de 20 minutes et des captures-baguages-recaptures. Différents outils et méthodes d’analyses d’écologie des communautés à savoir l’analyse multivariée (analyse des correspondances multiples et classification hiérarchique ascendante de Ward), les indices de diversité ou d’hétérogénéité (Shannon-Weaner, équitabilité de Piélou), les tests de comparaison de communautés (indice de similarité de Jaccard, indice de Sorensen) et des tests paramétriques (Student, Bartlett et Levene) et non-paramétriques (Kruskal-Wallis) ont été utilisés pour comparer ces communautés d’oiseaux forestiers. Un total de 182 espèces d’oiseaux appartenant à 46 familles sont recensées dans ces 6 lambeaux de forêt avec une forte représentation des passereaux (93 espèces) soit 51,09 % de la composition avienne totale. Mais tous les lambeaux n’ont pas la même richesse spécifique d’oiseaux. La détectabilité des oiseaux est faible dans les forêts échantillonnées. Elle est encore plus faible dans les forêts denses que dans les stations proches des lisières. La diversité moyenne par forêt est de 5,87 bits pour la Lama, 5,67 pour Lokoli, 5,60 pour Niaouli, 5,18 pour Pobè et 4, 87 pour Pahou ; montrant ainsi le signe d’une grande stabilité des différents milieux forestiers prospectés. La moyenne de régularité par lambeaux de forêt est respectivement de 0,89 à la Lama, à Niaouli et à Pobè, de 0,88 à Lokoli et de 0,85 à Pahou. Les calculs des indices IndVal révèlent 8 espèces d’oiseaux très indicatrices des lisières forestières contre 3 espèces indicatrices de l’intérieur de forêt. L’analyse de la distribution des oiseaux entre les lambeaux de forêt révèle 5 groupes d’avifaune : l’avifaune de la forêt de la Lama composée d’espèces forestières et savanicoles ; le groupe des oiseaux des forêts de plateau de Niaouli et accessoirement des espèces de lisières forestières communes à tous les lambeaux ; l’avifaune indicatrice de la forêt marécageuse de Lokoli ; l’association des espèces d’oiseaux d’occurrence irrégulière d’un lambeau de forêt à l’autre et le groupe complexe d’espèces caractéristiques de la forêt de bas-fond de Niaouli, de la forêt de Pobè et des oiseaux vraiment ubiquistes à tous les milieux forestiers. La structuration trophique montre que les insectivores dominent largement dans tous les îlots forestiers : 102 espèces à la Lama, 86 espèces à Lokoli, 82 espèces à Niaouli, 63 espèces à Pobè et 55 espèces à Pahou. Il existe une corrélation très significative entre la richesse en prédateurs et la richesse spécifique avienne des forêts (r = 0,951 ; p = 0,003). La répartition stratigraphique de l’avifaune forestière montre que deux strates sont bien pourvues. Il s’agit de la strate herbacée ou buissonnante largement représentée avec 93 espèces (51,95 %) et la canopée 69 espèces (38,54 %). Les corrélations avifaune-habitat révèlent d’une part une corrélation significative entre la richesse spécifique en oiseaux et la superficie des forêts échantillonnées (r2 = 0,82 ; p = 0,033) traduisant que la réduction de la superficie des lambeaux est une inertie à la conservation de la biodiversité avienne. En outre, au niveau des stations, seules la richesse spécifique (S) totale des stations et la diversité avienne (H’) sont significativement corrélées avec respectivement le nombre de petits bois, le nombre de bois morts et la hauteur de la végétation. L’Analyse en Composante Principale des données de mensurations corporelles effectuées sur les oiseaux permet de regrouper les espèces en 5 classes homogènes : la classe 1 est celle des espèces de grosseur moyenne ; la classe 2 est constituée par les espèces de petites tailles ; la classe 3 par contre comporte les espèces de conformation relativement grande mais avec une longueur de bec moyenne ; la classe 4 est une classe d’espèces de conformation moyenne mais de longueur de bec importante ; la classe 5 est celle d’espèces de très grande conformation. L’avifaune du Sud du Bénin est faite d’espèces généralistes du bloc guinéo-congolais et ne présente pas d’espèces endémiques. Elle est également beaucoup influencée par l’effet du Dahomey Gap. Trente deux (32) espèces d’oiseaux des espèces forestières inventoriées (soit 17,87 %) sont menacées de disparition. Mots clés : Oiseaux, forêt, biodiversité, écologie, Sud du Bénin.