Thèse de doctorat

Dynamique de pauvreté et pratiques agricoles de conservation de l’environnement en milieu rural africain : Le cas du plateau Adja au sud Bénin

Emile HOUNGBO (2008)

Doctorat unique de l’Université d’Abomey-Calavi.


L’influence de la pression démographique sur la production agricole et l’environnement demeure controversée. D’un côté, les pessimistes principalement représentés par MALTHUS (1798), pensent que la pression démographique ne peut engendrer que des effets négatifs sur la production agricole et conduire à la famine et l’exode rural. De l’autre côté, les optimistes principalement représentés par BOSERUP (1970) pensent que la pression démographique est un facteur essentiel pour le progrès technique et l’intensification agricole. En effet, bien qu’en général l’évolution démographique et alimentaire en Afrique présente une allure malthusienne, comme c’est le cas de Yatenga au Burkina Faso, du pays Serer au Sénégal et du plateau Adja au Bénin, il a été quand même observé des évolutions de type boserupien, comme c’est le cas du pays Bamiléké au Cameroun et du district de Machakos au Kenya. La question est de savoir s’il est encore possible de présager en Afrique d’une évolution généralisée suivant la thèse plus optimiste de BOSERUP (1970) et à quelles conditions.
C’est pour contribuer à ce débat scientifique que cette thèse développe une position intermédiaire entre la théorie de MALTHUS et celle de BOSERUP. Elle démontre qu’en situation de pression foncière, l’état de bien-être des producteurs est un déterminant du développement des pratiques agricoles améliorantes et de l’amélioration de la productivité agricole. La pression foncière n’induit pas ipso facto le changement technologique et le développement agricole. La pauvreté chronique des producteurs est le principal obstacle à la réalisation de l’effet positif de la pression foncière sur l’agriculture et l’environnement. Le développement agricole et l’amélioration de la qualité de l’environnement suivent la thèse de MALTHUS si le taux de pauvreté chronique au sein des agriculteurs est élevé et suivent la thèse de BOSERUP quand ce taux de pauvreté chronique est faible. La pression foncière ne peut conduire à l’accroissement de la productivité des terres que si le taux de pauvreté chronique au sein des ménages agricoles est faible.
Cette étude a porté sur la zone de forte pression foncière qu’est le plateau Adja au Sud-Ouest du Bénin. L’objectif général est d’analyser la pauvreté et ses interactions avec la mise en œuvre des pratiques agricoles de conservation de l’environnement dans la zone. A partir de 122 ménages sélectionnés dans les six Communes que couvre le plateau Adja, l’analyse des données recueillies permet de dégager que :
i) Les pratiques agricoles de conservation (PAC) et principalement les technologies de jachère améliorée, améliorent la probabilité des ménages pauvres de sortir de la pauvreté et celle des ménages non pauvres de conserver leur niveau de vie.
ii) L’intensité moyenne de la mise en œuvre des PAC des ménages non pauvres est significativement supérieure à celle des ménages pauvres : 0,506 contre 0,282.
iii) La pauvreté sur le plateau Adja est à dominance transitoire (36,9%), mais le taux de pauvreté chronique est aussi élevé et atteint 28,7%. La pauvreté chronique est due à des chocs négatifs occasionnant des dépenses répétées ou affectant la capacité de production du ménage (maladies, décès, déficit de ressources/actifs, normes sociales défavorables, ..). La pauvreté transitoire est plutôt due à des chocs brusques/temporaires réduisant la capacité financière du ménage (non paiement du coton-graines, sécheresse, inondation, …).
iv) La forme de pauvreté dépend : – de la localisation géographique du ménage. Le plus fort taux de pauvreté chronique s’observe dans la Commune de Dogbo (69,57%), suivie de celle de Toviklin (42,86%); – du sexe du chef de ménage. Le taux de pauvreté chronique est plus élevé chez les ménages dirigés par les femmes (47,06%) que chez les ménages dirigés par les hommes (25,71%); – du nombre de champs possédés par le ménage. Le plus fort taux de pauvreté chronique s’observe chez les ménages ayant 2 champs ou moins.
v) L’intensité moyenne de la mise en œuvre des PAC est significativement plus basse chez les ménages pauvres chroniques que chez les ménages pauvres transitoires : 0,367 contre 0,501.
vi) La diminution des indices de pauvreté sur le plateau Adja sur la période 2000-2007 s’est traduite par une augmentation significative de l’incidence de la mise en œuvre des PAC qui est passée de 1,142 ha par ménage en 2000 à 1,505 ha par ménage en 2007. Pour permettre aux producteurs agricoles de développer une agriculture durable dans cette situation de pression foncière, il urge de réduire ou d’éliminer la pauvreté chronique en leur sein en rendant l’agriculture véritablement profitable.
Mots clés : Dynamique de pauvreté, pratiques agricoles de conservation, plateau Adja, Bénin.