Thèse de doctorat

Gestion des Essences Agroforestières Spontanées et rôle des Roussettes dans la Dispersion de leurs Semences dans la Réserve de Biosphère de la Pendjari (Bénin)

DJOSSA Bruno (2007)

PhD, University of Abomey-Calavi


Une étude sur les relations plantes-animales centrée sur les chauves-souris frugivores (Pteropodidae) dans un contexte de perturbations dues aux actions anthropiques a été conduite dans la Région de la Pendjari (Réserve de Biosphère de la Pendjari (RBP) et les terroirs villageois environnants) dans le Nord-Ouest du Bénin. L’agriculture et les pratiques agroforestières qui ont cours dans le milieu réduisent la diversité et la densité des espèces végétales ligneuses et modifient la structure des populations de certains petits mammifères. Cependant, les espèces végétales utiles pour les populations locales sont mieux préservées que les autres espèces. C’est le cas du karité (Vitellaria paradoxa) qui est bien représentée par des individus majestueux (bien développés) et plus productifs dans les milieux perturbés. Mais une analyse plus détaillée a montré que les individus de la classe de régénération (dbh 5-10 cm) ne sont pas bien représentés dans les milieux anthropisés (terroirs villageois). Mieux une analyse de la dispersion spatiale des individus de cette espèce a aussi révélé une influence des actions anthropiques et ceci dans les milieux perturbés. La situation des ligneux a des conséquences directes sur la disponibilité des ressources alimentaires pour les roussettes (chauves-souris frugivores) car cela dépend étroitement de la diversité et de la densité des ligneux nourriciers. Le matériel animal collecté est composé de 1.552 individus de chauves-souris dont 1.217 frugivores et 335 insectivores pour un effort de capture total de 7.265,5 heures correspondant à 605,5 nuits d’ouverture (poses) de 1.293 filets japonais de 12 m de long. Le succès de capture a été comparable entre milieux perturbés et non perturbés (respectivement 2,96 et 2,13 chauves-souris par nuit d’ouverture de filet). Les spécimens capturés se répartissent dans 8 familles (soit 100 % des familles connues pour le Bénin), 22 genres et 28 espèces (soit 56 % du total connu pour le Bénin à ce jour) avec une augmentation de 6 % de la richesse spécifique du Bénin faisant passer le nombre d’espèces de 47 à 50. Trois nouvelles espèces ont ainsi été rapportées pour le Bénin : il s’agit de Hypsignathus monstrosus, de Lissonycteris angolensis et de Myonycteris torquata (toutes espèces de la famille des Pteropodidae). La diversité spécifique des frugivores était en faveur de la RBP (7 espèces contre 5 dans les terroirs villageois). En terme d’abondance relative, les espèces les plus capturées diffèrent selon le degré de perturbation. Epomophorus gambianus a été plus abondante dans les milieux perturbés, Nanonycteris veldkampii a été plus fréquente dans les milieux non perturbés alors que Micropteropus pusillus était restée indifférente à la perturbation avec égale abondance dans les deux milieux. Les espèces rarement rencontrées comme Rousettus aegyptiacus, Hypsignathus monstrosus et Lissonycteris angolensis l’ont été uniquement dans la RBP. Neuf espèces de fruit ont été recensées comme nourriture pour les roussettes à travers leurs fèces et sous leurs perchoirs d’alimentation. Il s’agissait de : Annona senegalensis (Annonaceae), Balanites aegyptiaca (Balanitaceae), Diospyros mespiliformis (Ebenaceae), Ficus glumosa var. glaberrima, Ficus spp. (Moraceae), Lannea microcarpa (Anacardiaceae), Sarcocephalus latifolius (Rubiaceae), Vitellaria paradoxa (Sapotaceae) et Vitex doniana (Verbenaceae). Le karité (Vitellaria paradoxa) est de loin le fruit le plus consommé en saison des pluies par les roussettes les plus abondantes dont les abondances relatives augmentent durant la même période. Cependant, nos résultats ont montré qu’il n’est pas le seul fruit responsable de cette augmentation des roussettes. Par ailleurs, les espèces migratrices comme Nanonycteris veldkampii augmentent en abondance durant la saison des pluies alors que Eidolon helvum et Myonycteris torquata, elles aussi migratrices, ne sont de retour que dans cette même saison. En consommant les fruits de karité, les roussettes jouent un rôle de dispersion des graines qui est important pour la régénération naturelle et la conservation à long terme de l’espèce. La régénération naturelle est très utile pour le karité qui contribue de façon substantielle au bien-être des populations rurales mais malheureusement le karité ne fait pas encore objet d’arboriculture par les populations rurales.

Mots clés : Chauves-souris, dispersion de graines, végétation, karité, conservation, R.B. Pendjari et terroirs villageois, Bénin.